Jean-François Delfraissy s’attend à un nouveau dérapage de l’épidémie

Avec les nouveaux variants du Sars-Cov-2, le président du conseil scientifique Jean-François Delfraissy s'attend à une aggravation de l'épidémie, qui pourrait conduire à une troisième vague et au masque FFP2 obligatoire pour tous les soignants.

Jean-François Delfraissy, à la tête du conseil scientifique chargé d’éclairer la décision publique, est-il pessimiste ? L’intéressé s’estime pour sa part « réaliste » sur la situation actuelle de l’épidémie de la maladie Covid-19 et « optimiste pour l’automne », lors d’un Contrepoint de la santé le 19 janvier. S’il n’y a pas eu d’explosion avec les fêtes de fin d’année, il est certain que « ça va déraper », en raison de l’émergence des nouveaux variants, avec une transmissibilité « nettement plus élevée ».

Intensification de la circulation du variant anglais

Son principal souci est le variant circulant au Royaume-Uni et qualifié d’anglais. L’enquête flash menée la semaine dernière identifie le génome de ce virus dans 1,4% des tests virologiques. Pour la prochaine enquête, attendue dans les prochains jours ou la semaine prochaine, Jean-François Delfraissy s’attend à ce que ce taux s’élève à 4 ou 5%. Néanmoins, avec l’accélération de la circulation de ce variant et la faible proportion de personnes vaccinées, une « vraie troisième vague » est jugée probable fin mars. Pour lutter contre ce variant, les mesures classiques de port du masque, de lavage des mains et de distanciation sont « parfaitement performantes ». Néanmoins, pour les professionnels de santé, des mesures plus strictes ne sont pas exclues, avec un port généralisé du masques FFP2. « La question est sur la table, les hygiénistes devraient donner des réponses dans les jours qui viennent », souligne le président du conseil scientifique.

Quant au variant dit sud-africain, il est encore possible de le limiter. Les interrogations demeurent sur son potentiel de transmission et ses effets sur les vaccins. « Je pèse mes mots, nous ne savons pas encore ce qui se passe avec le virus sud-africain », souligne Jean-François Delfraissy. Ce dernier s’attend à obtenir des réponses dans les dix jours — pour le variant anglais, la capacité des vaccins contre ce variant sera aussi mesurée rapidement. Néanmoins, il évoque, à propos de variant sud-africain, la moindre efficacité des traitements. Les anticorps monoclonaux utilisés pour soigner les patients — le président sortant des États-Unis Donald Trump a suivi ce traitement — neutralisent ainsi « de façon beaucoup plus faible » ce virus muté.

Superperformance attendue de la vaccination en France

La course contre le virus sera-t-elle sans fin ? Alors que le conseil scientifique détaille un contre-la-montre dans son dernier avis, Jean-François Delfraissy estime qu’elle aura une fin, sauf si le taux de vaccination est trop faible. Néanmoins, avec l’immunité des personnes déjà infectées (environ 12% de la population française, mais 20% des Franciliens) et la vaccination en cours, il s’attend à une « pression immunologique » suffisamment forte pour limiter la diffusion des mutations.

Sur la vaccination en France, le président du conseil scientifique fait le pari que l’appétence au vaccin va croître, en raison de la peur. Il est confiant dans la capacité du système français à relever le défi de la vaccination de masse. « La machine française démarre très lentement, mais quand nous partons, nous partons très vite. Le modèle va surmarcher dans les prochaines semaines », avance-t-il en soulignant la mobilisation des professionnels de santé et des collectivités. Le seul frein sera celui de la capacité des industriels à fournir suffisamment de doses.

Jean-François Delfraissy reconnaît ainsi que « les perspectives ne sont pas bonnes et qu’elles ne s’optimiseront pas avant l’été ». Dans ce laps de temps, la priorité est de vacciner les populations à risque pour réduire la mortalité et la morbidité. « L’objectif est de limiter la pression sur le système de soins pour éviter qu’il craque et continue de prendre en charge les autres pathologies », rappelle-t-il. Enfin, la campagne actuelle n’est pas confiée aux médecins libéraux car ils ne sont pas en mesure de répondre aux contraintes de ces vaccins. Avec l’arrivée de nouveaux produits sur le marché, la stratégie changera, annonce Jean-François Delfraissy.

Sur la vaccination, il constate d’ailleurs un « manque de bataillons », composés de « jeunes ambassadeurs » pour diffuser les messages de santé publique. Au sortir de la crise, le président du conseil scientifique estime que le système de santé publique français doit être repenser. Jean-François Delfraissy est en faveur de la création d’un secrétariat d’État interministériel dédié et séparé du ministère de la Santé pour porter la vision française de santé publique.

Élargissement du conseil scientifique

Avec l’apparition des variants, le conseil scientifique continue sa mission indépendante de conseil aux pouvoirs publics. Pour la mener, il pourra s’appuyer sur de nouvelles compétences. Thierry Lefrançois devrait ainsi l’intégrer pour apporter une vision vétérinaire. Jean-François Delfraissy, le président, attend également l’arrivée d’un infectiologue et d’un gériatre. « J’avais dit que ce virus était une saloperie, je récidive. Cela impose de s’appuyer sur l’intelligence collective », estime-t-il.